mardi 30 octobre 2012

Histoire de cheveux, histoire de MES cheveux.

Kit Kat m'a dit un jour « C'est incroyable toutes tes décisions importantes passent par tes cheveux ». 
Ce jour là, j'ai juste esquissé un sourire car sur mon crâne, il ne restait pas grand chose. Bibi venait de me raser le crâne.

L'histoire de mes cheveux a commencé il y a 19 ans.
Je suis née avec des cheveux très souples, très fins et très bouclés.
Dit-on qu'à la naissance, les gens ne se lassaient de caresser ma chevelure en la comparant à une perruque.
En grandissant mes cheveux se sont durcis, ils étaient non seulement touffus avec une texture en boucle. En somme, crépus.
Je le vivais très bien avec mes nattes au fil qui faisaient de moi un soleil, les petites nattes éparpillées.
Je n'ai jamais voulu changer la texture de mes cheveux, JAMAIS.

Cependant un jour, on m'a informé que mes cheveux étaient trop compliqués à coiffer et qu'il était temps que je les lisse.

J'ai demandé de quelle manière et on a dressé devant moi cette boite de défrisant avec des fillettes aux longs cheveux lisses

Pour tout vous avouer, je n'étais ni ravie, ni attristée de ce qui se passait. Je me suis juste souvenue de la mise en garde que l'on m'a adressée pendant que l'on appliquait ce produit dégageant une odeur FORTE :  « Si tu ouvres les yeux, tu vas devenir aveugle ».
Je ne me souviens pas avoir crié aussi FORT de toute mon existence, de m'être autant débattue et de m'être autant fait taper dessus pour étouffer mes hurlements.
Après cette douche forcée, je me souviens avoir sentie la soude pendant plusieurs jours, des grappes de cheveux entières étaient tombées, mes cheveux étaient secs et n'avaient plus de volume.


Blessure de défrisage
Le défrisage était devenue systématique et permettait la transition entre deux types de tresses.Le bon point était que je pouvais enfin faire ma frange.
Qu'importe les brûlures sur la peau dues à un trop long moment d'attente du produit ou aux fois où mon postiche ( surplus de faux cheveux // demi- perruque => comment expliquer ce terme ???  ) tombait en plein lieu public heurtant la sensibilité de chacun qui croyait que cet afro était le mien.. mes cheveux étaient « propres »

Un jour a été décrété que j'étais suffisamment grande pour enfin porter des tissages.

Si cela m'allait bien, j'allais rester aux mèches quelques temps avant de passer définitivement aux tissages.
Le jour où l'on m'a fait ce tissage, je me souviens que l'on me vantait les mérites de la coiffure : les cheveux du coté : « les favoris » ou les « pattes » ne seraient plus abimés, tu as cette sensation que ce sont tes cheveux, tu peux les peigner, les faire de différentes longueurs
Après avoir fait mes nattes couchées, je me souviens que le passage à la couture était terriblement douloureux.
 Malgré que la coupe soit finie, j'ai ressenti des douleurs durant toute la période pendant laquelle j'ai gardé la coiffe.
Je ne pouvais me gratter tranquillement, il fallait que je « tapote » mon crâne délicatement pour ne pas faire sauter les coutures du tissage ou la solution alternative était de prendre un objet pointu afin de soulager ma démangeaison.
Peu importe ce qui m'avait été recommandé je grattais ma tête comme si je cherchais à en déchirer la peau, et de cela ressortait des croûtes.
En enlevant le tissage, j'avais découvert qu'en même temps que l'on cousait le tissage SUR mes nattes, on avait cousu également mon excédent de chair sur le crâne. 
Résultat ? Une plaie béante, aucun cheveu en plein milieu de mon crâne pendant 6 mois.


Plaie au milieu du crâne
Excusez l'apparition des cuisses !
Surement parce que je n'arrivais pas à me persuader que je pouvais être belle sans artifices, malgré le tissage BANNI de mes activités capillaires, j'ai eu beaucoup de mal à cesser tout artifice.
Pour être propre, au delà de ne pas sentir de l'entrejambe ou des aisselles, il fallait être coiffée.
Pour être belle, il fallait avoir une jolie coupe de cheveux, innover sans arrêt.

Un jour, au fur et à mesure d'un jeu de clic, je suis tombée sur le blog d' une jeune femme qui avait décidé d'arrêter le défrisant.

Elle avait énuméré la liste des composants du produit, avait dénoncé les conditions d'existence et d'utilisation du défrisant et avait listé les différents revers de l'usage du produit.
La même année, le documentaire de Chris Rock est sorti « Good Hair ».Et je me suis décidée .. j'étais tellement déçue.. moi qui pensait que le défrisant était une manière de rendre mes cheveux comme on me l'a si bien appris..
 Je n'avais absolument AUCUNE idée de son origine, de son passé.
Mon déclic a été à partir de cet instant : je me suis mise à chercher il y a combien de temps que j'avais vu la texture de mes cheveux, pas celle qui sentait la soude mais ces cheveux bouclés que l'on comparait à une perruque à ma naissance.. et je l'ignorais, peut être 6 ou 7 ans.
Je ne savais comment m'y prendre, comment l'annoncer mais je me doutais que ça ferait l'effet d'une bombe.
Et je n'eus pas tort.
Qui m'avait mis ces sottises dans la tête ? Si le défrisant existait c'était pour rendre nos cheveux présentables etc etc ..
Une longue période s'ensuit dite « la période de transition » pendant laquelle mes cheveux n'avaient AUCUNE forme, aucune texture. 
Ils étaient hybrides entre lisses, crépus et un mixte des deux.



J'ai tenu, et mes cheveux ont présentés quelques temps un nouveau visage, une nouvelle forme
Ils étaient touffus, crépus.. ils semblaient naturels.
N'ayant pas abandonné les mèches, c'était devenu tout simplement compliqué qu'une coiffure dure longtemps. Les cheveux ressortaient des nattes au bout de 15 jours.

Un jour, Bibi, un ami coiffeur qui disait que mes cheveux étaient morts devait me coiffer. 

Ayant demandé à me faire coiffer, et ayant essuyé un REFUS, je me suis rabattue sur Bibi qui ce jour là a décidé d'en finir avec mes cheveux.
Lorsque mes boucles sont tombées une à une le long de mes épaules, que j'ai vu des touffes entières de cheveux, j'ai eu cette envie de pleurer. 
J'ai observé et vu ma tête je me suis demandé ce que je venais de faire. J'allais me faire tuer. En sortant de chez lui, même après le Curly, je n'avais pas aimé. Pas du tout. Je me suis dit, en premier lieu, BORDEL c'est FINI LES JOGGINGS
J'ai mis 25 minutes à rentrer à la maison alors que j'habitais à 2 pas.



Lorsque j'ai enlevé ma capuche, j'ai tout bonnement cru que Maman allait faire un arrêt cardiaque.. Mon ainée m'a dit que j'avais des problèmes psychologiques tandis que Papa jouait avec ma tête comme si j'étais un petit garçon. Seuls Bbey & le Bro avaient kiffés.
Les proches étaient partagés entre choc, étonnement, mécontentement et joie.
Une amie m'a même reproché le fait d'avoir envoyé un message pour les prévenir, ce qui m'avait d'ailleurs vexée .. seulement personne n'avait AUCUNE idée de ce que je pouvais ressentir à ce moment là ...

Je me suis sentie libre .. Libre de déambuler dans une rue sans que je puisse m'inquiéter de si j'allais perdre une mèche, de si les gens allaient me reconnaître sans la coiffure qu'ils ont vu la fois précédente, quand est ce que je pourrais laver mes cheveux, de ce qu'ils allaient penser etc.. 
Je me suis sentie capable d'assumer mon crâne chauve, et je me suis alors sentie CAPABLE d'assumer mes cheveux aux yeux du monde entier.

J'avoue aujourd'hui que laisser repousser mes cheveux me fait peur ..
J'ai beaucoup de mal à rester devant les vidéos Youtube de ces jeunes femmes qui ont des cheveux qui ressemblent aux miens. Je n'ai pas la patience de tester beaucoup de produits surtout si c'est pour voir partir beaucoup d'argent dans un produit qui asséchera mon cheveu, le rendra gras ou autre.

Je ne suis pas une bonne NAPPY. Je ne me sens pas NAPPY. 

Toutefois je me sens libre, ma route capillaire se poursuit.
Plus jamais ô grand jamais je n'aurais à me contenter du modèle de beauté capillaire établie pour la femme noire que je suis.
Plus jamais je n'aurais à me demander si je serais encore belle si je laisse mes cheveux à l'air libre.

Tant que nos choix capillaires nous rendent heureuses, nous rendent fières de ce que l'on arbore publiquement, je me dis que chacune fasse ce qu'elle souhaite faire sans dénigrer l'autre.

Sans qu'ils nous définissent totalement, nos choix capillaires sont une conséquence de notre éducation capillaire ET/OU de nos croyances ET/OU idéaux ET/OU canons de beauté.


Signé Ryel

2 commentaires:

  1. Super article !! J'ai été choqué par ta plaie au milieu du crane. Mon Dieu ce que tes cheveux ont souffert ! Comme nous toutes un peu. Puis je me dis que finalement avec les cheveux long on se prend beaucoup la tête. Je suis sur le moment de couper voir limite rasé mes cheveux pour la deuxième fois. Je me demande si je regretterais comme la première fois. Je me demande si je vais les garder ainsi. En tout cas comme on dit : les changements dont la vie d'une femme passe déjà par ses cheveux

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    1. Merci Perle !

      Laisse.... Un sacré souvenir que j'ai là !
      Désormais, ils sont en paix. Je m'en occupe du mieux que je peux, je les hydrate, je les lave régulièrement à ma guise et surtout je ne me soucie pas de ce que les autres pourraient en penser.

      Je viens de revoir une photo de moi datant d'aout 2013, j'avais les cheveux oranges défrisés, je me suis dit "WOW ! Comment j'ai pu ?"
      Teste ce que tu as envie de faire... Si cela ne te plait pas, tu coupes, tu mets un foulard, tu mises sur les accessoires.

      Fais ce dont tu as envie, Perle ! Et moi, je viendrai voir le résultat :)

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